Ouvrez une armoire électrique bien faite : les fils partent droit dans des goulottes, chaque borne porte un numéro, chaque fil a son repère. On comprend tout de suite ce qui va où. Ouvrez une armoire mal faite : un « plat de spaghettis » où personne n’ose toucher. La différence ne tient pas au prix du matériel, mais à quelques habitudes simples.
Dans ce guide, on vous explique ces habitudes avec des mots simples : comment organiser le rail DIN, bien utiliser les borniers, préparer les fils avec des embouts, et repérer chaque conducteur pour que le dépannage prenne cinq minutes au lieu d’une journée. C’est utile que vous montiez un petit coffret pour un automate ou un Arduino industriel, ou une vraie armoire de machine.
Avant tout : la sécurité
Une armoire électrique contient souvent du 230 V ou du 400 V. Ce n’est pas un projet pour improviser. Trois règles de base :
- Travaillez hors tension : coupez, verrouillez si possible, et vérifiez l’absence de tension avec un appareil adapté avant de toucher quoi que ce soit.
- Faites intervenir une personne habilitée pour tout ce qui touche au réseau 230/400 V. Les conseils de cet article aident à organiser le câblage, ils ne remplacent ni les normes ni une formation.
- Utilisez des outils isolés, comme un jeu de tournevis isolés 1000 V, et gardez la partie très basse tension (24 V, 12 V) bien séparée de la puissance.
Étape 1 : faire un plan avant de visser
Le câblage propre commence sur papier. Avant de fixer le premier rail, dessinez une vue simple de la plaque de fond, même à main levée :
- En haut : l’arrivée et la protection générale (sectionneur, disjoncteurs, fusibles).
- Au milieu : la commande (alimentation, automate, relais).
- En bas : les borniers de sortie vers la machine, au plus près des presse-étoupes par où sortent les câbles.
Gardez la puissance d’un côté et la commande de l’autre. Les fils de puissance créent des parasites ; s’ils longent les fils de capteurs, vous risquez des mesures qui sautent. Prévoyez aussi environ 20 à 30 % de place libre sur les rails et dans les goulottes : il y a toujours un relais ou un bornier à ajouter plus tard.
Enfin, faites un schéma électrique, même simple, avec un numéro pour chaque fil. Ce schéma servira de référence pour le repérage (on y revient plus bas).
Étape 2 : le rail DIN, la colonne vertébrale de l’armoire
Le rail DIN est la barre métallique de 35 mm de large sur laquelle on clipse presque tout : borniers, disjoncteurs, relais, alimentations. Quelques conseils pour bien l’utiliser :
- Fixez solidement le rail tous les 20 à 30 cm, pour qu’il ne plie pas quand on appuie sur un bornier.
- Laissez de l’espace entre deux rails pour une goulotte : les fils sortent du composant, entrent directement dans la goulotte, et ressortent en face de leur borne.
- Regroupez par fonction : tous les relais ensemble, tous les fusibles ensemble. On s’y retrouve beaucoup plus vite.
- Mettez des butées au bout de chaque rangée de borniers pour qu’ils ne glissent pas.

Côté commande, une alimentation à découpage rail DIN Mean Well HDR-60-12 se clipse comme un bornier et fournit une tension continue stable. Pour piloter une charge, un relais miniature Phoenix Contact sur son socle RIF-1 se remplace en quelques secondes sans débrancher un seul fil. Vous trouverez d’autres modèles dans notre rayon Relais.
Étape 3 : bien choisir et bien utiliser les borniers
Le bornier, c’est le point de rendez-vous entre l’intérieur de l’armoire et l’extérieur (capteurs, moteurs, voyants). Règle d’or : aucun fil venant de la machine ne se branche directement sur un composant. Il arrive sur un bornier, et de là repart vers l’automate ou le relais. Le jour où un capteur est changé, on ne touche qu’au bornier.
Vis ou ressort ?
- Borniers à ressort : on enfonce le fil, le ressort le serre. Rapide, et ça ne se desserre pas avec les vibrations. Par exemple le bornier à ressort WAGO 2002-3201 ou le PYK 2.5. Un petit tournevis à fente Wera suffit pour ouvrir le ressort.
- Borniers à vis : le grand classique, comme le bornier à vis JUKK5. Fiables, mais il faut serrer correctement et revérifier le serrage après quelques semaines si la machine vibre.
Les bons réflexes
- Un fil par point de serrage. Si deux fils doivent arriver au même potentiel, utilisez un pont (shunt) entre borniers, comme le pont WAGO 2016-402, plutôt que de tasser deux fils dans le même trou.
- Respectez la section indiquée sur le bornier : un 2.5 mm² pour la commande, un modèle plus gros comme le bornier à ressort 16 mm² pour une arrivée de puissance.
- Protégez les départs sensibles avec une borne porte-fusible à LED Phoenix Contact : la LED s’allume quand le fusible a sauté, on voit le problème sans multimètre.
- Utilisez des couleurs : bornier bleu pour le neutre ou le 0 V, vert-jaune pour la terre, gris pour le reste. On repère les potentiels d’un coup d’œil.
Toute la gamme est dans notre rayon Borniers industriels et dans les connecteurs DIN.
Étape 4 : préparer les fils (embouts, longueurs, sections)
Un fil souple (multibrin) mis tel quel dans un bornier, c’est des brins qui s’écartent, un contact qui chauffe et parfois un court-circuit avec la borne voisine. La solution est simple et peu chère : l’embout de câblage.

- Dénudez la bonne longueur : juste ce qu’il faut pour remplir la partie métallique de l’embout, sans cuivre qui dépasse.
- Torsadez légèrement les brins pour qu’ils entrent tous dans l’embout.
- Sertissez avec une vraie pince à sertir, pas avec une pince plate. L’embout doit être serré sur toute sa longueur.
- Tirez doucement sur le fil : s’il bouge, on recommence.
Prenez des embouts adaptés à chaque section : 0.75 mm², 1 mm², 1.5 mm² ou 2.5 mm². La couleur de la collerette indique la section, mais le code couleur change selon les fabricants : fiez-vous toujours à la section écrite sur la boîte. Pour les gros câbles de puissance, on passe aux cosses à sertir.
Pour la section, un repère courant : 0.75 à 1 mm² pour les circuits de commande, et une section calculée selon le courant pour la puissance. Si votre fiche technique parle en AWG, notre convertisseur AWG vers mm² fait la conversion en un clic. Et pour estimer le courant d’une charge, le calculateur de loi d’Ohm aide à vérifier vos ordres de grandeur.
Étape 5 : faire passer les fils proprement
- Tout passe dans les goulottes : aucun fil ne traverse la plaque en diagonale.
- Coupez à la bonne longueur : une petite boucle de réserve oui, un mètre enroulé dans la goulotte non.
- Séparez puissance et signaux dans des goulottes différentes, surtout pour les capteurs analogiques et les câbles de communication.
- Protégez les fils qui bougent, par exemple vers la porte où sont les boutons et voyants, avec une gaine tressée et une boucle assez longue pour l’ouverture de la porte.
- Respectez les couleurs. Pour les machines, la norme IEC 60204-1 recommande notamment : vert-jaune pour la terre de protection, bleu clair pour le neutre, noir pour la puissance, rouge pour la commande en alternatif et bleu foncé pour la commande en continu. Quelle que soit la règle choisie, appliquez-la partout et notez-la sur le schéma.
Ce soin du cheminement, c’est le même que pour les faisceaux de câbles en aéronautique, dont on parle dans notre article sur le câblage aéronautique au Maroc.
Étape 6 : repérer chaque fil et chaque borne
Le repérage, c’est ce qui transforme une armoire « qui marche » en armoire qu’on peut dépanner. Le principe est simple : le numéro écrit sur le fil est le même que sur le schéma et sur la borne.
- Repérez les deux bouts de chaque fil, avec des bagues ou des manchons imprimés. Un fil repéré d’un seul côté, c’est un fil à moitié repéré.
- Numérotez les borniers dans l’ordre (X1:1, X1:2, X1:3…) et collez une étiquette sur chaque groupe, par exemple avec un porte-étiquettes de groupe WAGO 249-119.
- Imprimez plutôt qu’écrire à la main : une étiquette imprimée reste lisible des années. Une imprimante à transfert thermique et son ruban d’encre donnent des repères qui résistent à l’huile et à la chaleur.
- Étiquetez aussi les composants : « K1 », « F3 », « A1 » à côté de chaque relais, fusible ou module, avec les mêmes noms que sur le schéma.
Le jour où un technicien voit « fil 24 » sur le schéma, il doit trouver le fil 24 dans l’armoire en quelques secondes, sans suivre les fils à la main.
Étape 7 : vérifier avant de mettre sous tension
Avant la première mise sous tension, prenez dix minutes pour cette petite liste :
- Tirez légèrement sur chaque fil pour vérifier le serrage.
- Contrôlez au multimètre, hors tension, qu’il n’y a pas de court-circuit entre l’alimentation et le 0 V, ni entre phase et terre.
- Vérifiez que chaque fil est repéré aux deux bouts, et que le schéma correspond à ce qui est câblé.
- Contrôlez que les calibres des fusibles et disjoncteurs correspondent à ce qui est prévu.
- Mettez le schéma à jour (version « tel que câblé ») et rangez-en une copie dans la pochette de la porte.
Une armoire propre se dépanne plus vite, chauffe moins et inspire confiance à votre client ou à votre équipe de maintenance. C’est du temps gagné à chaque intervention.
Le matériel à prévoir pour votre armoire
Pour un premier coffret de commande, voici une liste de départ, disponible sur notre boutique :
- Des borniers à ressort ou à vis et leurs ponts : rayon Borniers industriels.
- Des embouts isolés aux bonnes sections et des cosses pour la puissance.
- Des fusibles et leurs supports, comme le support de fusible rail DIN 30 A : rayon Fusibles.
- Une alimentation rail DIN et des relais sur socle.
- Un module relais de sécurité si la machine a un arrêt d’urgence.
- Des outils isolés et un petit tournevis pour les borniers à ressort : rayon Outillage.
Vous préparez une armoire plus complète, avec automate, protections et câbles en quantité ? Contactez-nous avec votre liste de matériel : nous vous aidons à trouver les bonnes références, y compris les gammes industrielles sur devis.

