Octobre 2026 marque une étape attendue pour l’industrie marocaine. D’après le président de Gotion Power Morocco, interrogé par TelQuel, la première ligne de production de cellules de la gigafactory de Kénitra doit entrer en service ce mois-ci, et une seconde ligne doit suivre en novembre. L’usine fabrique des batteries lithium-fer-phosphate, que l’on désigne par les sigles LFP ou LiFePO4.
Cette chimie ne concerne pas que les voitures électriques. On la croise dans les installations solaires, les onduleurs, les stations de mesure isolées et un nombre croissant de montages électroniques. Voici l’essentiel pour l’utiliser correctement, du choix des cellules jusqu’à la protection du circuit.
Kénitra, première gigafactory de batteries d’Afrique
Le projet est mené par le groupe chinois Gotion High-Tech, à travers sa filiale Gotion Power Morocco implantée dans la zone franche de Kénitra. Selon la Banque africaine de développement, qui lui a accordé un prêt de 100 millions d’euros, la première phase prévoit 10 GWh de cellules et de packs par an, avec une montée en capacité envisagée jusqu’à 100 GWh.
Le 28 septembre, Volkswagen et sa filiale batteries PowerCo ont par ailleurs annoncé avec Gotion une coentreprise à Kénitra consacrée aux matériaux de cathode LFP. Pour les étudiants, techniciens et ingénieurs du pays, ces annonces se traduisent par de nouveaux métiers liés au stockage d’énergie. Autant se familiariser avec cette technologie dès les travaux pratiques.
Le LFP en bref : ce qui le distingue du Li-ion classique
Une tension plus basse et une courbe très plate
Une cellule LiFePO4 affiche une tension nominale d’environ 3,2 V, contre 3,6 à 3,7 V pour les cellules lithium-ion à base de cobalt, de nickel ou de manganèse. Battery University indique une plage de fonctionnement typique de 2,5 V à 3,65 V par cellule. La courbe de décharge est remarquablement plate : entre une batterie aux trois quarts pleine et une batterie à moitié vide, la tension ne bouge presque pas, ce qui rend l’estimation de la charge restante peu fiable si l’on se fie uniquement au voltmètre.
Sécurité et longévité
Le grand point fort du LFP reste sa stabilité thermique. La cathode au phosphate de fer tolère mieux les mauvais traitements qu’une cathode au cobalt, et le risque d’emballement thermique s’en trouve nettement réduit. La durée de vie est elle aussi élevée : Battery University mentionne 2 000 cycles et davantage, selon la profondeur de décharge et la température. Autre avantage, la cathode ne contient ni cobalt ni nickel, deux métaux chers.
La contrepartie : poids et volume
À énergie égale, un pack LFP pèse plus lourd et occupe plus de place qu’un pack lithium-ion NMC. Pour un capteur portable miniature, une petite cellule Li-Po de 3,7 V branchée sur une carte qui gère déjà sa charge, comme la Heltec Wireless Stick V3, reste souvent plus pratique. Le LFP reprend l’avantage dès que la batterie est fixe, sollicitée tous les jours ou installée dans un endroit chaud, par exemple un coffret sur un toit en plein été.

Bien dimensionner un pack LFP
Le montage 4S, l’équivalent du 12 V
Quatre cellules en série (4S) donnent 12,8 V nominaux, une valeur proche de celle d’une batterie au plomb de 12 V. Voilà pourquoi de nombreuses batteries LiFePO4 « 12 V » remplacent désormais le plomb dans les systèmes solaires et les véhicules de loisirs. En fin de charge, chaque cellule plafonne autour de 3,6 à 3,65 V, soit 14,4 à 14,6 V pour l’ensemble du pack.
Partir de la consommation mesurée
La capacité se détermine à partir de la consommation réelle, jamais au jugé. Mesurez le courant moyen de votre montage, ajoutez une marge, puis vérifiez le résultat avec notre méthode pour calculer l’autonomie d’une batterie. Si le système est couplé à des panneaux photovoltaïques, prévoyez aussi les journées sans soleil que la batterie devra couvrir.
Pour un usage domestique, notre article sur l’autoproduction solaire au Maroc explique comment mesurer la production d’une installation avec un ESP32 : ces relevés aident à choisir une capacité de stockage cohérente.
Charger et protéger : les règles à respecter
Un chargeur prévu pour le LiFePO4
Un chargeur lithium-ion standard arrête la charge à 4,2 V par cellule, une tension bien trop élevée pour une cellule LFP. Choisissez donc un chargeur, un régulateur solaire ou un module de charge qui propose explicitement un profil LiFePO4. Cette vérification s’applique aussi aux petits modules de charge très répandus en prototypage, qui sont le plus souvent réglés pour le Li-ion.
Un BMS adapté à la chimie
Le BMS (Battery Management System) surveille chaque cellule : il coupe la charge en cas de surtension, interrompt la décharge en cas de sous-tension et protège le pack contre les courts-circuits. La plupart des modèles assurent aussi l’équilibrage des cellules. Contrôlez toujours ses seuils : une carte 4S marquée 16,8 V est conçue pour du Li-ion et ne convient pas à un pack LFP, qui exige une version dédiée.
Évitez enfin de recharger une batterie lithium sous 0 °C, une situation qui peut se présenter l’hiver en altitude, dans l’Atlas par exemple. Certains BMS intègrent une sonde de température qui bloque la charge par grand froid.

Fusible et câblage
Même une chimie réputée sûre peut débiter un courant très important lors d’un court-circuit. Installez un fusible au plus près de la borne positive, calibré selon le courant de la branche protégée et la section des fils. Pour une petite branche électronique alimentée par un pack 12,8 V, un fusible automobile de 2 A prévu pour 32 V fait l’affaire.
Les précautions décrites dans notre article sur le risque d’incendie des batteries lithium restent valables : on n’utilise jamais une cellule gonflée ou abîmée, et on stocke les batteries loin de toute source de chaleur.
Exemple : alimenter un nœud ESP32 avec un pack 4S
Imaginons une station de mesure posée sur un toit, alimentée par un petit panneau solaire et un pack LFP 4S. L’ESP32 fonctionne en 3,3 V, alors que la tension du pack varie d’environ 10 V à 14,6 V selon son état de charge. Un régulateur linéaire dissiperait l’essentiel de cette différence en chaleur : un convertisseur à découpage est bien plus adapté.
Le convertisseur DC-DC abaisseur 3,3 V COM-18356 accepte de 3,8 à 32 V en entrée et fournit jusqu’à 2 A, ce qui couvre largement cette plage de tension.
Pour suivre l’état de la batterie, la tension seule ne suffit pas, à cause de la courbe plate évoquée plus haut. Un capteur de courant et de tension relié en I²C, comme l’INA219 ou l’INA226, permet de compter les ampères-heures qui entrent et sortent du pack. L’ESP32 transmet ensuite ces mesures par Wi-Fi ou LoRa et peut vous prévenir avant que le BMS ne coupe l’alimentation.
En résumé
Avec le démarrage de la production à Kénitra, les batteries LFP s’installent au cœur de l’actualité industrielle marocaine. Pour vos propres projets, trois règles suffisent à éviter la plupart des problèmes : un chargeur réglé sur le bon profil, un BMS conçu pour le LiFePO4 et une protection par fusible. Sur ces bases, le LFP devient un choix sûr et durable pour les montages solaires, les capteurs isolés et toutes les applications où la batterie doit tenir plusieurs années.

