Depuis juin 2026, produire sa propre électricité solaire au Maroc n’est plus une zone grise. Le décret d’application de la loi 82-21 sur l’autoproduction est entré en vigueur, et de nombreux foyers, ateliers et PME se demandent ce qu’ils ont le droit d’installer, quelles démarches suivre et comment savoir si leurs panneaux produisent vraiment ce qu’on leur a promis. Dans ce guide, nous résumons ce que disent les textes, nous expliquons le rôle de chaque composant d’une installation, puis nous proposons un petit projet ESP32 pour mesurer la production d’un panneau.
La loi 82-21 en bref
La loi n° 82-21 relative à l’autoproduction d’énergie électrique a été promulguée en février 2023. Pendant trois ans, elle est pourtant restée difficile à appliquer, faute de texte précisant les procédures. C’est le rôle du décret n° 2.25.100, adopté en Conseil de gouvernement en octobre 2025, publié au Bulletin officiel en mars 2026 et applicable depuis juin 2026. Il organise l’autoproduction en trois régimes, selon la puissance installée :
- Moins de 11 kW : une simple déclaration suffit. C’est le cas de la grande majorité des toitures résidentielles et des petits commerces.
- De 11 kW à 5 MW : il faut obtenir une approbation de raccordement, après une étude technique réalisée par le gestionnaire du réseau aux frais du demandeur.
- 5 MW et plus : une autorisation est exigée pour les installations raccordées au réseau moyenne, haute ou très haute tension. Ce régime concerne surtout les grands sites industriels.
Les installations autonomes, non raccordées au réseau national, suivent une procédure distincte auprès des services régionaux du ministère chargé de l’énergie. Le décret prévoit aussi le dépôt des dossiers en ligne, dès qu’une plateforme électronique dédiée sera opérationnelle.
Ce qu’il faut retenir pour un particulier
- L’autoconsommation d’abord : l’électricité produite sert avant tout à vos propres besoins. Le surplus injecté sur le réseau est aujourd’hui plafonné à 20 % de la production annuelle, et sa revente se fait à un tarif fixé par le régulateur (ANRE), nettement inférieur au prix d’achat du kWh.
- Une régularisation possible : les installations déjà en service disposent d’une période transitoire de 18 mois pour se déclarer.
- Un cadre encore en évolution : d’autres textes sont attendus, notamment sur le stockage par batteries et sur une éventuelle révision du plafond de 20 %.
Avant tout projet raccordé, renseignez-vous auprès de votre distributeur d’électricité (ONEE, régie ou société régionale) et consultez les textes officiels : ce résumé ne remplace pas un conseil juridique.
Les composants d’une installation solaire
Qu’il s’agisse d’une toiture de 3 kW ou d’un petit kit pour alimenter un capteur au fond du jardin, on retrouve toujours les mêmes briques.
Les panneaux photovoltaïques
Ils transforment la lumière en courant continu. Leur puissance « crête » (Wc) est mesurée en laboratoire, sous un ensoleillement standard de 1 000 W/m² et à 25 °C. Sur un toit marocain en plein été, les cellules chauffent bien au-delà, et la puissance réelle baisse en conséquence. Attention également à la tension : un panneau vendu comme « 12 V » délivre à vide une tension nettement plus élevée, ce qui permet de charger une batterie 12 V. Pour expérimenter sans risque, un petit panneau solaire 12 V de 5 W est idéal.
Le régulateur de charge : PWM ou MPPT
Brancher un panneau directement sur une batterie est une mauvaise idée : sans contrôle, la batterie finit par être surchargée. Le régulateur s’intercale entre les deux. Un modèle PWM, simple et bon marché, découpe le courant pour maintenir la tension de charge ; il convient aux petites installations. Un modèle MPPT cherche en permanence le point de fonctionnement où le panneau fournit le plus de puissance, puis convertit la tension en conséquence : il récupère davantage d’énergie, surtout quand il fait chaud ou que le ciel est voilé, mais il coûte plus cher.

La batterie et l’onduleur
La batterie stocke l’énergie pour la nuit ; les technologies au plomb restent répandues, tandis que le lithium (LiFePO4 notamment) gagne du terrain grâce à sa durée de vie. Un pack lithium doit toujours être protégé par un BMS : nous détaillons les précautions dans notre article sur les batteries lithium et le risque d’incendie. L’onduleur, enfin, convertit le courant continu en 230 V alternatif ; dans une installation raccordée, c’est lui qui se synchronise avec le réseau, d’où l’importance d’un matériel conforme.
Projet : mesurer la production d’un panneau avec un ESP32
Comprendre la production réelle d’un panneau est le meilleur moyen de dimensionner correctement une future installation. Ce montage pédagogique enregistre la tension et le courant d’un petit panneau tout au long de la journée.

Matériel
- Une carte ESP32-DevKitC-VE, qui envoie les mesures en Wi-Fi ;
- Un petit panneau solaire 12 V ;
- Deux résistances pour le pont diviseur, par exemple 100 kΩ et 10 kΩ ;
- Un module de mesure de courant I2C (de type INA219) ou une résistance shunt de faible valeur ;
- Une charge (résistance de puissance ou petite ampoule 12 V), une breadboard et des fils ;
- En option, une batterie et un régulateur, que vous trouverez dans notre rayon batteries.
Étapes
- Abaisser la tension : l’entrée analogique de l’ESP32 ne doit jamais recevoir plus de 3,3 V. Avec 100 kΩ côté panneau et 10 kΩ côté masse, la tension est divisée par 11 : une vingtaine de volts au panneau donne moins de 2 V sur la broche. Le calcul repose simplement sur la loi d’Ohm.
- Mesurer le courant : placez le module INA219 en série entre le panneau et la charge, puis reliez-le à l’ESP32 par le bus I2C (SDA, SCL, 3,3 V, GND). Il fournit directement le courant et la tension.
- Relier les masses : la masse du panneau, celle du module et celle de l’ESP32 doivent être communes, sinon les mesures seront fausses.
- Programmer : dans l’IDE Arduino, lisez les valeurs toutes les minutes, calculez la puissance (P = U × I) et additionnez l’énergie au fil de la journée pour obtenir des wattheures.
- Afficher et enregistrer : envoyez les données sur une petite page web servie par l’ESP32 ou vers un tableur en ligne, pour comparer les journées ensoleillées et nuageuses.
- Étalonner : le convertisseur analogique de l’ESP32 n’est pas parfaitement linéaire. Comparez vos relevés avec un multimètre et ajustez le coefficient dans le code.
Après quelques semaines de relevés, vous saurez combien d’énergie un watt-crête produit réellement chez vous, selon l’orientation et la saison. Cette donnée, appliquée à votre consommation, permet de mieux juger un devis d’installateur.
Bonnes pratiques de sécurité
- Un panneau exposé au soleil est toujours sous tension : couvrez-le avant de le câbler.
- Ajoutez un fusible au plus près de la batterie : un court-circuit sur ses bornes peut provoquer un départ de feu.
- Choisissez des câbles de section suffisante et des connecteurs adaptés au courant continu.
- Pour tout travail sur le réseau 230 V ou pour une installation raccordée, faites appel à un électricien qualifié.
Conclusion
Avec l’entrée en vigueur du décret d’application, l’autoproduction solaire dispose enfin d’un cadre clair au Maroc, en particulier pour les petites installations de moins de 11 kW soumises à simple déclaration. Bien comprendre le rôle du panneau, du régulateur, de la batterie et de l’onduleur aide à faire les bons choix, et un simple ESP32 suffit pour mesurer ce que le soleil apporte réellement chez vous.
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